Comprendre le DPE : méthode, seuils des classes et changements de 2026-2027

Le diagnostic de performance énergétique résume un logement en deux lettres. Derrière elles, il y a une méthode de calcul, des conventions et des choix politiques qui ont changé trois fois en cinq ans. Comprendre ce que mesure le DPE permet de le lire sans le surestimer, et de savoir quand une étiquette peut bouger sans le moindre coup de pinceau.
Deux étiquettes, une seule classe
Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er juillet 2021, le DPE affiche deux échelles de A à G :
- l'étiquette énergie, fondée sur la consommation d'énergie primaire par mètre carré et par an (kWhEP/m².an) ;
- l'étiquette climat, fondée sur les émissions de gaz à effet de serre (kg CO2eq/m².an).
La classe retenue pour le logement est la plus mauvaise des deux : c'est le principe du « double seuil ». Un logement peu gourmand mais chauffé au fioul peut ainsi être déclassé par ses émissions, et un logement très consommateur à l'électricité par son énergie primaire.
| Classe | Énergie primaire (kWh/m².an) | Émissions (kg CO2eq/m².an) |
|---|---|---|
| A | moins de 70 | moins de 6 |
| B | 70 à 110 | 6 à 11 |
| C | 110 à 180 | 11 à 30 |
| D | 180 à 250 | 30 à 50 |
| E | 250 à 330 | 50 à 70 |
| F | 330 à 420 | 70 à 100 |
| G | plus de 420 | plus de 100 |
Ces seuils sont ceux de l'arrêté du 31 mars 2021 pour les logements de France métropolitaine. Depuis le 1er juillet 2024, ils sont adaptés pour les logements de 40 m² de surface de référence ou moins : la part fixe de certains usages (eau chaude notamment) pénalisait mécaniquement les petites surfaces. Les propriétaires concernés peuvent obtenir une attestation qui remplace leur ancienne étiquette.
Énergie primaire, énergie finale : pourquoi l'électricité est multipliée
Le compteur mesure de l'énergie finale : les kilowattheures livrés au logement. Le DPE raisonne en énergie primaire, c'est-à-dire en énergie prélevée dans la nature pour produire ces kilowattheures, pertes de production et de transport comprises. Pour le gaz, le fioul ou le bois, le coefficient est de 1. Pour l'électricité, il a longtemps été de 2,58, puis de 2,3 avec la réforme de 2021.
Ce coefficient a été abaissé à 1,9 au 1er janvier 2026, puis un arrêté du 19 août 2026, publié au Journal officiel du 26 août, le fixe à 1,7 à compter du 1er janvier 2027. Le raisonnement des pouvoirs publics : la production d'électricité française est très largement décarbonée, et un coefficient élevé décourageait le passage des chaudières fossiles aux pompes à chaleur. Ses détracteurs objectent qu'un logement mal isolé ne consomme pas moins d'électricité parce qu'un coefficient change.
Un logement chauffé à l'électricité peut gagner une classe, parfois deux, sans travaux. Les DPE déjà réalisés restent valables ; le propriétaire peut obtenir gratuitement, sans nouvelle visite, une mise à jour de l'étiquette quand elle s'améliore.
Un arrêté du 11 juin 2026, publié au Journal officiel du 13 août, fait par ailleurs évoluer la méthode et le contenu du DPE pour intégrer des exigences de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, avec de nouveaux indicateurs obligatoires, notamment sur les énergies renouvelables produites sur place. Ces changements s'appliquent eux aussi au 1er janvier 2027.
Ce que le calcul prend en compte
Le DPE « 3CL » utilisé pour les logements est une simulation : le diagnostiqueur relève les caractéristiques du bâti et des équipements, et le logiciel calcule une consommation conventionnelle pour cinq usages :
- le chauffage ;
- l'eau chaude sanitaire ;
- le refroidissement, s'il existe ;
- l'éclairage ;
- les auxiliaires (ventilateurs, pompes de circulation).
Les données d'entrée sont nombreuses : nature et épaisseur des murs, isolation des planchers et de la toiture, type de vitrage et de menuiseries, ponts thermiques, système de ventilation, générateur de chauffage et son rendement, régulation, émetteurs, zone climatique et altitude. Depuis 2021, les factures des occupants ne servent plus au calcul : deux logements identiques doivent obtenir la même étiquette, quels que soient leurs habitants.
Les justificatifs comptent
Quand le diagnostiqueur ne peut pas constater une caractéristique (une isolation cachée sous un doublage, par exemple), le logiciel applique une valeur par défaut, généralement défavorable. Les factures de travaux, les fiches techniques des équipements et les attestations d'isolation permettent de retenir les valeurs réelles. Un propriétaire qui a isolé ses combles il y a dix ans a donc intérêt à retrouver la facture avant le passage du diagnostiqueur.
Validité et traçabilité
Un DPE est valable dix ans, sous réserve des paliers d'invalidation des anciens modèles : ceux réalisés avant le 1er janvier 2018 sont caducs depuis 2023, ceux réalisés entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 depuis le 1er janvier 2025. Chaque DPE est enregistré auprès de l'ADEME, qui lui attribue un numéro à treize caractères, consultable dans l'observatoire public des DPE. Ce registre permet de vérifier qu'un diagnostic existe, qu'il correspond au logement, et d'éviter les étiquettes fantaisistes.
Le DPE est opposable depuis juillet 2021 : un acquéreur ou un locataire qui subit un préjudice du fait d'un diagnostic erroné peut engager la responsabilité du vendeur ou du bailleur, qui peut se retourner contre le diagnostiqueur.
Les limites d'une étiquette
Le DPE est un outil de comparaison, pas une prévision de facture. Plusieurs limites sont connues :
- Le comportement. Le calcul suppose une température de consigne et un scénario d'occupation standard. Une personne seule qui chauffe à 18 °C consommera moins que l'estimation ; une famille nombreuse, davantage.
- Le confort d'été. Le DPE évalue sommairement le confort d'été, devenu un enjeu majeur dans les logements sous les toits ou fortement vitrés.
- Les écarts entre diagnostiqueurs. Sur le même logement, deux diagnostiqueurs peuvent aboutir à des classes différentes, surtout quand de nombreuses valeurs sont prises par défaut. Les pouvoirs publics ont renforcé les contrôles et les critères de certification des diagnostiqueurs, notamment par des arrêtés publiés en 2025.
- L'état du bâti. Humidité, fissures, toiture fatiguée : le DPE n'est pas un diagnostic de l'état du bâtiment.
Pourquoi l'étiquette pèse autant
Le DPE sert désormais de base à trois mécanismes. Il conditionne la location, avec le calendrier d'interdiction des logements les plus énergivores. Il déclenche l'obligation d'audit énergétique lors de la vente des maisons classées E, F ou G. Et il oriente les aides publiques, puisque MaPrimeRénov' rénovation d'ampleur est réservée aux logements classés E, F ou G et exige un gain d'au moins deux classes. Notre guide DPE et achat : ce que la performance énergétique change pour acheter un logement montre comment ces règles se traduisent au moment d'une acquisition, et Rénovation énergétique : par où commencer comment faire progresser une étiquette.
Deux lettres, cinq usages, un coefficient : l'étiquette est un calcul, et un calcul se vérifie.
Sources
- Service-public.fr, Diagnostic de performance énergétique (DPE) : vente d'un logement (consulté en octobre 2026).
- Ministère de la Transition écologique, Diagnostic de performance énergétique (DPE).
- Arrêté du 31 mars 2021 relatif aux méthodes et procédures applicables au DPE ; arrêté du 31 mars 2021 relatif au contenu du DPE pour les bâtiments d'habitation en France métropolitaine, Légifrance.
- Arrêté du 13 août 2025 (facteur de conversion de l'électricité à 1,9) ; arrêté du 11 juin 2026 et arrêté du 19 août 2026 (évolutions de la méthode et facteur de 1,7 au 1er janvier 2027), Journal officiel.
- Arrêtés de juin et juillet 2025 relatifs à la certification et au contrôle des diagnostiqueurs, Journal officiel.
- ADEME, Observatoire DPE-Audit, données publiques des diagnostics enregistrés.
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