Règles et marché

Sécurité des barrages : classes A, B, C et obligations du propriétaire

Règles et marché · · Publié le 2026-11-05

Les ruines en béton du barrage de Malpasset, ouvertes au milieu d'une vallée boisée du massif de l'Estérel, sous un ciel bleu
Les vestiges du barrage de Malpasset (Var), rompu en 1959. Photo : Royonx, via Wikimedia Commons, CC0.

On associe la sécurité des barrages aux grands ouvrages alpins, surveillés jour et nuit par leur exploitant. Pourtant une retenue collinaire, la digue d'un étang ou le seuil d'une ancienne usine peuvent être des barrages au sens du code de l'environnement, avec un propriétaire responsable et des obligations précises. Voici comment fonctionne ce régime, classe par classe.

Qu'est-ce qu'un barrage pour la loi ?

La définition réglementaire ne dépend ni du matériau ni de l'usage. Est susceptible d'être un barrage tout ouvrage artificiel de plus de 2 mètres de hauteur au-dessus du terrain naturel, destiné à retenir un volume de liquide de façon temporaire ou permanente, s'il répond à certains critères de taille et d'enjeux à l'aval. Cela inclut bassins d'orage, certains canaux et réserves de neige de culture.

Attention au vocabulaire : pour la réglementation, une digue protège des terres ou des habitations contre les crues ou la mer. Un remblai qui ferme un étang est un barrage, même si on l'appelle digue, et les deux catégories n'obéissent pas aux mêmes règles. Les formes d'ouvrages, du barrage-poids au remblai, sont décrites dans notre article sur la construction des barrages.

Le classement : hauteur, volume et enjeux à l'aval

Depuis le décret n° 2015-526 du 12 mai 2015, codifié à l'article R. 214-112 du code de l'environnement, les barrages sont répartis en trois classes, A, B et C. C'est le préfet qui classe l'ouvrage, à partir de deux grandeurs : la hauteur H, en mètres, plus grande différence de cote entre la crête et le terrain naturel au pied de l'ouvrage, et le volume V, en millions de mètres cubes, retenu à la cote normale, sédiments compris. Les deux sont combinés dans un indicateur, H² × √V, reflet du potentiel de dégâts en cas de rupture (arrêté du 17 mars 2017 pour les modalités de mesure).

ClasseHauteurIndicateur H² × √V
Aau moins 20 mau moins 1 500
Bau moins 10 m (si non classé A)au moins 200
Cau moins 5 m (si non classé A ou B)au moins 20

La classe C comprend aussi un cas particulier, qui intéresse directement les petits propriétaires : un ouvrage de plus de 2 mètres retenant plus de 50 000 mètres cubes (0,05 million) peut y entrer, même sous les seuils du tableau, si des habitations se trouvent à moins de 400 mètres à l'aval. Un ouvrage modeste, au-dessus d'un hameau, peut ainsi être classé.

Un exemple pour fixer les ordres de grandeur : un barrage de 12 mètres retenant 1 million de mètres cubes donne un indicateur de 144 × 1 = 144. Il dépasse 10 mètres mais n'atteint pas 200 : il ne relève pas de la classe B, mais de la classe C, puisqu'il dépasse 5 mètres et un indicateur de 20.

Ce que le classement impose

Le principe est posé par l'article R. 214-123 : le propriétaire ou l'exploitant surveille et entretient l'ouvrage et ses dépendances, vérifie le bon fonctionnement des organes de sécurité (vannes, évacuateurs de crues, vidanges) et fait réaliser des visites techniques approfondies. La nature des obligations est commune aux trois classes ; leur fréquence varie. La brochure de la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes destinée aux propriétaires, mise à jour en mai 2024, les résume ainsi :

ObligationClasse AClasse BClasse C
Surveillance, entretien, vérification des organes de sécuritécontinuscontinuscontinus
Dossier technique et registre de l'ouvrageouiouioui
Rapport de surveillanceau moins chaque annéeau moins tous les 3 ansau moins tous les 5 ans
Visite technique approfondieau moins chaque annéeentre deux rapports de surveillanceentre deux rapports de surveillance
Rapport d'auscultationau moins tous les 2 ansau moins tous les 5 ansau moins tous les 5 ans
Étude de dangersmise à jour au moins tous les 10 ansmise à jour au moins tous les 15 ansnon
Déclaration des événements précurseurs (PSH)ouiouinon

S'y ajoutent les prescriptions techniques relatives à la sécurité des barrages, fixées par un arrêté ministériel du 6 août 2018.

À retenir

Le propriétaire reste responsable de son barrage, civilement et pénalement, même lorsqu'il en confie l'exploitation à un tiers. L'État contrôle ; il ne surveille pas à la place du propriétaire.

Déclarer un événement : l'échelle des EISH

Tout événement ou évolution qui met en cause, ou pourrait mettre en cause, la sécurité des personnes ou des biens doit être déclaré au préfet (article R. 214-125). L'arrêté du 21 mai 2010 a créé une échelle de gravité pour ces « événements importants pour la sûreté hydraulique » (EISH), en trois couleurs :

Le service de contrôle valide ou corrige la couleur proposée et peut demander un rapport d'analyse. Les variations brutales de débit lors des lâchers d'eau, qui peuvent surprendre pêcheurs et pratiquants d'eaux vives, relèvent aussi de cette déclaration. Les règles de débit minimal qui encadrent l'exploitation au quotidien sont présentées dans notre article sur la continuité écologique et le débit réservé.

Travaux : le passage obligé par un organisme agréé

Tout projet de construction de barrage, ou de travaux autres que l'entretien et la réparation courante, doit être conçu par un organisme agréé par le ministère chargé de l'environnement. Le maître d'œuvre, lui aussi agréé, dirige et surveille le chantier et suit la première mise en eau. Sont visés en particulier les travaux sur le corps du barrage, sur les organes de sécurité et sur le dispositif d'auscultation. Pour un projet de centrale sur un ouvrage existant, cette exigence s'ajoute à la procédure décrite dans notre article sur l'autorisation environnementale.

Le rôle de l'État

Un service de contrôle de la sécurité des ouvrages hydrauliques, rattaché à la DREAL, examine les documents du propriétaire, en valide certains, inspecte les ouvrages et peut prescrire diagnostics ou travaux. La règle vaut pour les barrages autorisés comme pour les barrages concédés, dont le régime est présenté dans notre dossier sur la réforme des concessions.

Pourquoi tant de règles ?

Parce qu'un barrage peut céder quelle que soit sa taille. La rupture de Malpasset, au-dessus de Fréjus, en 1959, a fait plus de quatre cents morts ; mais la DREAL cite aussi un remblai de 4,8 mètres, dans le Puy-de-Dôme, dont la rupture par érosion interne a emporté des véhicules et inondé maisons et commerces sur plusieurs kilomètres.

Propriétaire d'un étang ou d'un seuil : par où commencer

Un barrage de cinq mètres n'est pas un petit risque : c'est un grand risque à petite échelle, avec un propriétaire pour en répondre.

Sources

  1. DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, « Surveiller et entretenir un barrage », document d'information pour les responsables de barrages, version F du 25 mai 2024 (classement, tableau des obligations, EISH, travaux, inspections ; consulté le 5 novembre 2026).
  2. « Décret n° 2015-526 du 12 mai 2015 relatif aux règles applicables aux ouvrages construits ou aménagés en vue de prévenir les inondations et aux règles de sûreté des ouvrages hydrauliques », texte reproduit par l'Ineris (AIDA).
  3. Code de l'environnement, articles R. 214-112 à R. 214-132 ; arrêtés du 21 mai 2010 (échelle de gravité), du 17 mars 2017 (hauteur et volume), du 6 août 2018 (prescriptions techniques) et du 8 août 2022 (obligations documentaires et visites), sur Légifrance.