L'hydroélectricité en France : chiffres clés 2025 et rôle dans la transition énergétique

L'hydroélectricité est la plus ancienne des énergies renouvelables électriques et, en France, la première par la puissance installée. Sa production varie pourtant fortement d'une année à l'autre, au rythme de la pluie et de la neige. Voici les chiffres à connaître, avec leurs sources, pour situer l'eau dans le système électrique français.
Les chiffres essentiels
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Puissance hydraulique installée | 25,7 GW en métropole (environ 26,2 GW avec l'outre-mer) | RTE ; ministère |
| Part de la puissance électrique installée | entre un cinquième et un sixième du parc, une part qui baisse à mesure que le solaire et l’éolien progressent | RTE ; ministère |
| Productible moyen | environ 67 TWh par an en hydrologie moyenne | Ministère |
| Production 2024 | 75,3 TWh (année très humide) | RTE |
| Production 2025 | 62,4 TWh, soit environ 11 % de la production | RTE |
| Production totale d'électricité 2025 | 547,5 TWh | RTE |
Le ministère de la Transition écologique présente l'hydraulique comme la deuxième source de production électrique en France, derrière le nucléaire, et la première source d'électricité renouvelable. L'écart entre 2024 et 2025 illustre sa dépendance à la météo : la production a reculé de près de 13 TWh d'une année sur l'autre, après une année 2024 exceptionnellement arrosée. Les années sèches sont plus basses encore : le ministère cite 50,3 TWh en 2011 et 58,8 TWh en 2023, contre 75,7 TWh en 2013.
Quatre familles de centrales
Le parc métropolitain se répartit, selon le ministère, entre :
- le fil de l'eau : environ 6,7 GW, pour une production moyenne d'environ 30 TWh par an ;
- les éclusées : environ 4,1 GW, environ 10 TWh ;
- les lacs : environ 10,3 GW, environ 15 TWh ;
- les stations de transfert d'énergie par pompage : environ 4,6 GW, environ 4 TWh.
Le fil de l'eau, installé sur les grands fleuves (Rhône, Rhin) et leurs affluents, fournit le gros de l'énergie. Les lacs et les STEP fournissent surtout de la puissance mobilisable rapidement. Pour comprendre ces différences, voir Comment fonctionne une centrale hydroélectrique et STEP : le stockage d'électricité par pompage.
Une géographie de montagne et de grands fleuves
La production se concentre là où se combinent relief et débit : les Alpes, les Pyrénées, le Massif central, le Rhône et le Rhin. L'Auvergne-Rhône-Alpes est la première région hydroélectrique : RTE y recense 11,5 GW de puissance hydraulique et une production de 27,2 TWh en 2025, soit plus de 40 % de l'hydraulique nationale cette année-là. Viennent ensuite l'Occitanie, Provence-Alpes-Côte d'Azur (9,7 TWh en 2025 selon RTE) et le Grand Est, avec les usines du Rhin. Nous consacrons un article à l'hydroélectricité en Auvergne-Rhône-Alpes.
Un régime juridique en pleine transformation
Selon le ministère, plus de 340 concessions représentent plus de 90 % de la puissance hydroélectrique installée ; les installations de moins de 4,5 MW, sous le régime de l'autorisation, totalisent de l'ordre de 2,5 GW. La loi du 29 juin 2026 visant à relancer les investissements dans l'hydroélectricité fait basculer les grandes installations vers un régime d'autorisation, à la suite d'un accord conclu en 2025 avec la Commission européenne, et prévoit la mise à disposition par l'exploitant historique d'une capacité hydroélectrique virtuelle auprès d'autres fournisseurs. Le détail figure dans Concessions hydroélectriques : ce que change la loi de 2026.
Le rôle de l'eau dans la transition énergétique
Une électricité bas carbone et pilotable
L'hydroélectricité émet très peu de gaz à effet de serre sur son cycle de vie, et une partie du parc peut être pilotée : démarrer en quelques minutes, suivre la consommation, stocker l'énergie sous forme d'eau. Dans un système où le solaire (30,4 GW installés fin 2025 selon RTE) et l'éolien progressent, cette souplesse devient plus précieuse que les kilowattheures eux-mêmes.
Un potentiel de croissance limité mais réel
Les grands sites sont équipés depuis longtemps. Les marges de progression viennent de l'optimisation des ouvrages existants (rénovation des turbines, surélévation, suréquipement), de nouvelles STEP, de l'équipement de seuils existants et de quelques sites neufs. La programmation pluriannuelle de l'énergie 2019-2028 visait une hausse de 900 à 1 200 MW d'ici 2028, dont environ 60 % par optimisation, et identifiait un potentiel d'environ 1,5 GW de STEP pour 2030-2035. La troisième programmation, publiée le 13 février 2026 pour la période 2026-2035, confirme une croissance modérée de la capacité.
Le climat, une incertitude
Le changement climatique modifie déjà le régime des rivières de montagne : fonte des glaciers, enneigement plus faible et plus tardif, étiages d'été plus sévères, épisodes de crue plus intenses. Il pèsera sur la production et sur le partage de l'eau entre usages (irrigation, eau potable, tourisme, refroidissement des centrales). Les retenues, en retour, peuvent jouer un rôle de soutien d'étiage, à condition que les règles de gestion l'organisent.
Bien lire les chiffres de production
Trois précautions évitent les contresens. D'abord, la production hydraulique d'une année dit surtout quelque chose de la météo de cette année-là : comparer 2025 à 2024 revient à comparer une année moyenne à une année très humide, pas à mesurer un déclin du parc. Ensuite, la production des STEP est en partie de l'électricité « recyclée » : elles consomment plus d'électricité pour pomper qu'elles n'en restituent en turbinant, et les bilans les traitent à part. Enfin, la puissance installée ne dit pas la production : une usine de lac de plusieurs centaines de mégawatts peut ne fonctionner que quelques heures par jour, au moment où le réseau en a besoin, quand une usine au fil de l'eau plus modeste tourne presque en continu.
Le contexte européen
La France fait partie, avec la Norvège, la Suède, l'Italie, l'Espagne, la Suisse et l'Autriche, des grands pays hydroélectriques d'Europe. Son système électrique reste fortement exportateur : RTE a enregistré un solde exportateur record de 92,3 TWh en 2025. Les centrales hydrauliques alpines participent aux échanges avec les pays voisins, en particulier la Suisse et l'Italie.
Près d’un cinquième de la puissance, une production qui suit le ciel : l'eau est d'abord la souplesse du réseau.
Sources
- RTE, Bilan électrique 2025, synthèse, 2026.
- Ministère de la Transition écologique, Hydroélectricité, page de politique publique (consultée en 2026).
- RTE, Bilan électrique 2025 en Auvergne-Rhône-Alpes, fiche presse, juin 2026 ; Bilan électrique 2025 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, mai 2026.
- Ministère de la Transition écologique, Programmations pluriannuelles de l'énergie, mise à jour du 13 février 2026.
- Loi n° 2026-554 du 29 juin 2026 visant à relancer les investissements dans le secteur de l'hydroélectricité.
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